Fx Bellamy: Tout le monde devrait lire...
Tout le monde devrait lire le rapport complet de l’enquête PISA sur la France. Nos élèves enregistrent les résultats les plus bas jamais mesurés : mais on ne mesure l’ampleur de la catastrophe qu’en comprenant ce qui a été concrètement évalué.
La lecture d’abord, qui s’effondre : à 15 ans, 33% des élèves ne parvient pas à comprendre un texte de 400 mots. Un tiers d’une classe d’âge, à l’aube de la vie adulte, ne sait pas lire quelques lignes de façon suivie… Autant de jeunes privés d’une faculté qui conditionne tous les autres apprentissages. Autant de jeunes dont la vie professionnelle, civique, sociale, est déjà dramatiquement compromise et appauvrie.
En mathématiques, la chute se confirme. L’enquête TIMMS avait montré que nos élèves sont les derniers d’Europe dans cette discipline : PISA confirme la chute brutale enregistrée depuis 2018, qui nous place bien en-dessous de la moyenne de l’OCDE. Alors que le monde de demain sera façonné par l’IA et les nouvelles technologies, comment imaginer que la génération qui vient soit prête pour la compétition mondiale pour l’innovation et la recherche, qui décideront de notre prospérité et de notre liberté demain ?
Depuis PISA 2013, la France était championne de l’inégalité scolaire : l’écart y était le plus grand entre les meilleurs élèves et les plus en difficulté, avec un facteur sociologique tragiquement déterminant. PISA 2025 montre une réduction de ces inégalités, mais pour une seule raison : les meilleurs sont bien moins nombreux, et moins bons. Les élèves classés dans les meilleurs niveaux en mathématiques sont 54% en Chine, 37% à Singapour, 23% en Corée et au Japon, 15% au Royaume-Uni. En France : 5%. Presque plus personne n’est préservé du naufrage de notre école. La France, deuxième pays au monde pour le nombre de médaille Fields par habitant, a rompu avec l’excellence scientifique qui la maintenait au meilleur niveau mondial depuis des années.
Quelle est la cause de ce naufrage ? Je fais partie d’une génération de jeunes professeurs qui n’a reçu de l’institution une consigne simple pour toute formation : vous ne devez surtout pas transmettre. Ce que nous vivons n’est pas un échec : c’est la réussite absolue d’un projet qui a piloté notre école pendant plusieurs décennies. Et en profondeur, d’une volonté de déconstruire qui a traversé tout le monde occidental, et dont les conséquences sont aujourd’hui parfaitement visibles, concrètes, dramatiques.
Cette obsession a trouvé un relais paradoxal dans la révolution digitale, qui a suscité le rêve d’un monde d’immédiateté - sans médiations, sans transmissions. Le flux des données a remplacé la patience de l’apprentissage. L’image a supplanté le texte. L’écran a chassé le livre. Les réseaux ont détruit les relations.
C’est le grand enseignement de PISA 2025 : le nouveau monde digital, c’est désormais prouvé, détruit nos enfants. Démenti absolu, et tellement prévisible, à ceux qui ont voulu mettre des écrans partout à l’école : à 15 ans, les élèves qui ne les utilisent jamais obtiennent les meilleurs résultats partout. En lecture, ils ont un an d’avance en moyenne sur les autres… Ceux qui sauront contrôler demain les nouvelles technologies, ce sont ceux qui auront grandi sans elles. Les autres seront controlés par elles.
Il y a bientôt vingt ans que j’écris sur l’état d’urgence éducative que connaît notre pays. Il n’y a pas d’injustice plus grande que celle que nos dirigeants ont laissé s’aggraver depuis des décennies maintenant. Pas de sujet plus existentiel non plus pour l’avenir de notre pays. Espérons que l’élection qui vient soit l’occasion, enfin, de rendre aux professeurs leur métier, et à nos enfants leur avenir.
Les résultats complets sont en ligne ici :
https://x.com/fxbellamy/status/2097379604096827604