Joan Larroumec: Tout le monde s’émeut...
Tout le monde s’émeut à raison du fait que la France a désormais une école nullissime (ce qui se traduit 15 ans plus tard par des travailleurs mauvais, et si on ajoute le fait qu’ils sont les plus chers d’Europe parce qu’ils portent sur leur dos le poids des retraites les plus élevées du continent, on comprend bien que toute cette mascarade financée par la dette ne va plus durer longtemps)
Que disent les rapports sur les raisons de la déréliction de l’école française ?
TLDR : on recrute des mauvais profs mal formés et nuls en science que l’on charge de résoudre tous les maux de la société sauf un : le manque d’excellence.
Plus en détails :
D'abord un effondrement du niveau des enseignants lié à la faible attractivité du métier : statut social devenu peu valorisé, compression des salaires, conditions de travail plus difficiles dans une société plus dure, plus diverse, plus individualiste. Selon l'Insee, les enseignants gagnent en moyenne 23,9 % de moins que les autres fonctionnaires de catégorie A de l'État, et les enseignants expérimentés du primaire n'ont connu aucune progression salariale entre 2015 et 2024. Résultat, 1 163 postes non pourvus aux concours enseignants en 2024.
Effondrement particulièrement marqué dans les sciences, car les bons en sciences ont beaucoup plus d'opportunités que de devenir enseignant, surtout au primaire. Résultat, les enseignants de primaire sont des littéraires nuls en maths : ils proviennent en majorité de filières littéraires et de sciences humaines et reçoivent 80 heures de mathématiques en formation initiale en tout et pour tout. En CM1, la France est dernière de l'Union européenne en mathématiques à TIMSS 2023.
Ensuite une formation des enseignants idéologiquement inopérante, focalisée sur des abstractions pédagogiques plutôt que sur l'enseignement des matières. La Cour des comptes constatait en 2018 que le master MEEF n'avait garanti ni élévation du niveau disciplinaire ni professionnalisation accrue, et 29,5 % des professeurs des écoles stagiaires n'ont jamais observé une classe avant leur prise de poste. Seuls 53 % des jeunes enseignants français jugent leur formation initiale de qualité, contre 75 % en moyenne OCDE.
Puis des dérives idéologiques, avec une méfiance envers la notion d'excellence (par définition inégalitaire) et une priorisation de l'idée de socle commun (donc d'égalité par le plus faible dénominateur commun). En mathématiques, en France la part d'élèves très performants est tombée de 13 % en 2012 à 5 % aujourd'hui, celle des élèves en difficulté est montée de 29 % à 36 % en trois ans.
Enfin la fameuse tartiflette au Nutella, c'est-à-dire la confusion des objectifs. On souhaite que l'école forme des citoyens, encourage le vivre-ensemble, lutte contre les inégalités et les discriminations, encourage l'esprit critique, promeuve la laïcité et les valeurs de la République, sensibilise à la sexualité, au consentement, etc. L'accumulation d'objectifs dilue mécaniquement le temps et la focalisation alloués à l'excellence académique.
La chute brutale depuis 3 ans est liée à des effets cumulatifs (on commence à avoir les premières cohortes qui n’ont jamais connu qu’un système dysfonctionnel) et des effets de seuil (les générations de profs bien formés partent en masse à la retraite).
On peut sans doute aussi mettre en accusation de multiples réformes accumulées qui partaient dans tous les sens sans résoudre les problèmes de fond.
Il faut ajouter à cela un problème global qui est le Covid et les écrans, qui font baisser le niveau à l’échelle mondiale, mais n’explique donc pas le cas français spécifique.
Enfin, je vois passer l’idée que l’augmentation de la part d’enfants en provenance de pays à faible niveau académique serait responsable de la chute. L’effet récent est trop rapide et trop accentué pour que ce soit un critère majeur.
Nous n’avons pas un bon système victime de chocs exogènes.
Nous avons un système désormais pourri jusqu’à la moelle qui nécessite d’être complètement repensé à zéro.
Et la solution n’est pas très complexe sur le principe : des professeurs excellents, formés pour rendre les élèves excellents, avec pour mission unique de pousser chacun à la frontière de ses capacités.
Cela semble simple, mais il n’y a aujourd’hui aucun consensus sur ce simple principe.
https://x.com/larroumecj/status/2097314737772024283