Guillaume Herblot: Les lycéens descendent...
1990. Les lycéens descendent dans la rue. Jeans délavés, blouson trop grand, cheveux au vent, visage à découvert. Banderole peinte : « Du pognon pour l’éducation ». On se tient par le bras. On a 17 ans et on a encore l’air d’avoir 17 ans.
2026. Même mot « lycée ». Autre film.
Cagoule, tout noir, mégaphone, drapeau importé, pose de clip militant. On ne bloque plus pour des tables et des profs, on bloque pour que la caméra comprenne qu’on est du bon côté de l’Histoire. Le portail du lycée est devenu un plateau. Les poubelles, un décor. Le visage, un luxe bourgeois.
Avant, le slogan tenait en six mots et parlait de la classe.
Aujourd’hui il tient en trois hashtags et parle du monde entier, sauf parfois du tableau.
Avant on rentrait après la manif et on se prenait un mot dans le carnet.
Maintenant on rentre et on check les vues. C’est la même porte mais plus la même pièce.
Ils ont gardé le mot « blocus ».
Ils ont juste oublié le mot « élèves ».
Le grand remplacement n’est pas celui qu’on croit.
C’est le remplacement du lycéen par le blackblock.
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