Joan Larroumec: Quelques points sur Mistral...
Quelques points sur Mistral pas encore lus dans le débat public :
1. mistral large 4 est exactement aussi bon que ce que les Américains arrivent à produire à puissance de calcul égale. Cela signifie que l’écart est désormais sur de la taille de centre de calcul, probablement pas sur la compétence.
2. Étant données les prévisions de montée en charge de Mistral dans le calcul, ils devraient pouvoir produire un modèle de niveau Opus 5.5 dans 12 à 18 mois.
3. Cela peut paraître lointain, mais il faut bien comprendre à quoi ça sert d’avoir des modèles français. Essentiellement, au-delà de la question que tout le monde connaît de sécurité des données et de dépendance étrangère pour le fonctionnement de ses entreprises, à deux autres choses : 1. La souveraineté régalienne. 2. La balance des paiements.
La souveraineté régalienne aujourd’hui se joue avant tout sur la cybersecurité : la capacité à sécuriser son infrastructure militaire et civile de façon autonome pour ne pas être vulnérable aux IA étrangères.
Surprise surprise, Mistral Large 4 est particulièrement bon dans ce domaine. Ce n’est bien sûr pas un hasard.
La balance des paiements : le grand risque qui nous pend au nez, c’est que les entreprises françaises dépensent en masse en tokens américains, et souvent au détriment des salaires français, ce qui a pour conséquence que l’argent français s’enfuie de l’autre côté de l’Atlantique, vidant notre pays de ses richesses.
Or pour des usages entreprises, la course à la frontière n’est pas infinie. Quiconque a déjà utilisé opus 5.5 avec son harnais cowork sait qu’il y a déjà de quoi faire fonctionner l’essentiel des postes de l’économie de services. En d’autres termes nous arrivons en haut de la sigmoïde : les progrès subséquents des modèles frontières seront clés pour le progrès scientifique, pour des usages très avancés, mais pas forcément pour suppléer les fonctions marketing et comptabilité des boîtes du cac40.
Nous sommes donc à 18 mois d’avoir un Mistral qui peut faire le gros de ce dont a besoin l’économie française. Et ainsi stopper l’hémorragie de cash.
4. Le goulet d’étranglement est de plus en plus le harnais, la couche d’orchestration et d’exécution qui permet au modèle d’évoluer dans des environnements complexes, de se connecter à des outils, de gérer de multiples agents en parallèle, etc. Or il se trouve que nous avons en France aussi Dust, qui excelle sur cette couche. (Encore un truc de X d’ailleurs. Avez-vous pensé à remercier Napoléon et ses blocs de granit récemment ? Parce que de la même façon que nous vivons encore 75 ans plus tard sur les efforts de De Gaulle avec la dissuasion et le parc nucléaire, nous vivons en bonne partie sur de l’héritage TECHNOLOGIQUE napoléonien. Pour la Patrie les sciences et la gloire les amis.)
5. Pour continuer le parallèle. De la même façon que notre dissuasion nucléaire est toute petite par rapport à l’américaine ou la russe, mais que comme disait De Gaulle, on hésite à attaquer un pays qui peut tuer 80 millions de tes habitants en un instant, même si toi tu peux raser la France, la France est en train de construire une indépendance IA de taille réduite, mais rendant le service effectif minimum pour rester une véritable puissance. Et la France est le seul pays sur terre aux côtés de la Chine et des US à réussir cela. Au lieu de pleurnicher sur le fait que ML4 ne fait pas de jolies fusées en vectoriel, on devrait plutôt prendre du recul et se rendre compte de l’immensité de l’accomplissement.
6. Rien n’est joué et tout peut s’écrouler bien sûr. La survie d’une nation se joue à chaque instant.
Il faut encore monter en charge, construire masse de nucléaire et de centres de calcul, développer une industrie de puces d’inférence. Dans un contexte de chaos.
Mais merde. Même à terre, même après des décennies de déréliction, la France reste la France.
https://x.com/larroumecj/status/2108102256016961576